La biscuiterie

«— Comment ça, qu’est-ce qu’on va faire? C’est mon argent, répliqua Reine avec force. Je vais le mettre à la banque.
— Tiens, ton argent! fit-il sur un ton sarcastique. Moi, quand j’arrive avec ma paye, c’est l’argent de la famille.
Mais quand c’est ta paye, on peut pas y toucher…
— C’est normal, laissa-t-elle tomber. Toi t’es le mari. C’est à toi de nous faire vivre tous.
— Si c’est comme ça, toi t’es la femme. Tu t’organiseras pour faire ta job dans la maison.»

En 1959, la vie a bien changé sur le Plateau Mont-Royal. Duplessis est à la fin d’un interminable mandat, alors que le Québec se tourne tranquillement vers la modernité proposée par l’équipe de Jean Lesage. La Ville de Montréal connaît de nombreux changements, la plupart liés aux communications, tant par le développement de l’automobile que par l’apparition de la télévision qui deviennent rapidement des outils indispensables pour tous les foyers.
La vie de Jean et Reine Bélanger a également changé depuis la fin du tome 1, dix ans plus tôt. Alors que le premier s’ennuie dans son poste de journaliste pour le Montréal-Matin, la seconde rêve de gérer les destinées de la biscuiterie Talbot, sans parler des trois enfants qui partagent maintenant le petit appartement familial. Les petits bonheurs se font rares, et les rivalités et les mensonges tissent une relation de plus en plus difficile pour le couple.
Dans ce dernier roman historique, Michel David amène les lecteurs dans un nouvel univers avec des sentiments qu’on ne retrouvait pas dans ses anciens romans: l’envie et l’infidélité… On s’éloigne ici des valeurs chrétiennes mises de l’avant dans les précédents romans du même l’auteur. C’est un peu la Révolution tranquille dans les romans de Michel David: les personnages qui normalement acceptaient leur sort (car c’était la norme avant), veulent désormais prendre leur place et exigent qu’on les écoute.
Avec des personnages toujours aussi charismatiques et attachants et des dialogues colorés et vivants qui ont fait son succès, Michel David nous plonge dans une époque où le Québec sortait du joug de l’Église et de la Grande noirceur, et où la modernité permettait à Montréal de s’affirmer de plus en plus. Un vent de changement!